Pédagogie : ce que nous dit John I. Goodlad
Publiée le 01 juin 2026 dans la catégorie Philosophie de l'éducation
Par Jean Houssaye
La pédagogie a une histoire. Cette histoire a été écrite par des « figures » qui ont su allier des pratiques et des savoirs au service de leurs valeurs. Cette histoire est notre héritage. A nous de l’assumer désormais. L’héritage de Goodlad par exemple.
SON HISTOIRE
John I. Goodlad , né au Canada non loin de Vancouver, devient enseignant et obtient comme première affectation une classe rurale de trente-quatre élèves répartis sur huit niveaux. Puis il sera directeur d’une école industrielle recevant des délinquants.
Il poursuit sa formation à Chicago jusqu’au doctorat. Il sera alors professeur d’université en éducation à Chicago et à Los Angeles, directeur de l’école expérimentale de l’université.
Il publie plus de trente livres sur l’éducation. Il poursuivra sa carrière dans plusieurs universités américaines et créera, en 1992, l’Institut pour la Réflexion sur l’Enseignement. Opposé aux approches de formation behavioristes, il s’inquiète du peu d’attention portée aux dimensions morales dans la formation des enseignants.
Il proposera pendant toute sa vie des modèles pour renouveler la formation des enseignants et les pratiques pédagogiques. Il décède en 2014 à Seattle, porteur d’un message essentiel : la société doit se souvenir de la raison d’être des écoles et doit les soutenir d’une façon qui favorise le bien commun.
SES CONVICTIONS
Quatre convictions structurent ce que Goodlad appelle « les dimensions morales de l’enseignement ».
La première, liée à l’acculturation des jeunes, pose que l’enseignement et la démocratie sont inextricablement liés. La démocratie ne peut survivre sans une instruction commune à tous ; un véritable enseignement ne peut durer que dans une société fondée sur la liberté de pensée et d’expression.
La deuxième concerne l’accès à la connaissance. Une société démocratique ne peut pas acculturer ses jeunes si tous les enfants n’ont pas accès à la connaissance, condition de la participation à la discussion et de l’intégration sociale dans la communauté.
La troisième est centrée sur la prise en compte des élèves en tant qu’individus. Ce qui passe par une pédagogie de l’apprentissage en tant que réflexion, par l’engagement envers la personne et par la collaboration. La relation enseignant-apprenant est fondamentale et elle suppose d’abord que celui qui enseigne se soucie de celui qui apprend.
La quatrième insiste sur la responsabilité « d’intendance » envers les écoles. La société se doit de prendre soin des institutions scolaires, ces organismes vivants qui incarnent la liberté, la responsabilité et la démocratie, et dont les éducateurs sont les intendants.
SON HERITAGE
Goodlad pense que chaque acte d’enseignement a des implications morales et que le but principal de l’éducation est d’aider les élèves à comprendre ces implications et à contribuer de manière significative à la vie de la communauté locale et de la Nation.
Toute sa vie, il est resté fidèle aux principes découverts dans son école primaire canadienne à classe unique : moralité, accessibilité, souci des autres et sens des responsabilités.
POUR APPROFONDIR
Russell T. Osguthorpe : « John I. Goodlad », in Jean Houssaye, Pédagogues contemporains, Paris, Éditions Fabert, 2013, pp. 137 à 188.
Jean Houssaye
Directeur de la collection "Pédagogues du monde entier", Éditions Fabert
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